Capture d'écran de l'interface de la plateforme SuperSplat
Interface de la plateforme SuperSplat
Pratique

Gaussian Splatting : un changement de paradigme pour la modélisation et la diffusion 3D

Une évolution majeure est en train de s’opérer dans le champ de la numérisation 3D : l’émergence des approches dites de Gaussian Splatting. Encore peu diffusée dans les pratiques institutionnelles, cette technique suscite pourtant un intérêt croissant, notamment en raison de ses performances visuelles et de son efficacité computationnelle. 

Contrairement aux modèles polygonaux classiques issus de la photogrammétrie ou du scan 3D, reposant sur des maillages parfois lourds et des textures complexes, le Gaussian Splatting propose une autre logique de représentation. Les scènes ne sont plus décrites comme des surfaces, mais comme un ensemble de points enrichis (gaussiennes), intégrant des informations de couleur, de densité et de radiance. Cette approche permet de restituer des détails extrêmement fins tout en maintenant des tailles de fichiers relativement réduites et des performances élevées en visualisation temps réel. Elle se révèle particulièrement adaptée à des environnements complexes, difficiles à modéliser proprement en géométrie polygonale.

Pour les projets d’archéologie numérique, les implications sont potentiellement importantes. La chaîne opératoire classique (acquisition → reconstruction → nettoyage → décimation → texturation → diffusion) pourrait être partiellement reconfigurée. En particulier, certaines étapes lourdes - simplification des maillages, gestion des textures, optimisation pour le web - deviennent moins centrales dans ce paradigme. Cela ne signifie pas pour autant la disparition des modèles polygonaux, qui restent essentiels pour l’analyse métrique, la restitution architecturale ou l’interopérabilité avec de nombreux outils. Mais une coexistence des approches semble se dessiner : d’un côté, des modèles analytiques structurés ; de l’autre, des représentations visuelles extrêmement performantes, orientées vers la consultation, la médiation et l’exploration immersive.

Un autre aspect mérite attention : l’émergence d’écosystèmes dédiés à la diffusion de ces nouvelles formes de données. La plateforme SuperSplat, encore peu connue, propose ainsi un environnement de visualisation et de partage de scènes en Gaussian Splatting. Elle fonctionne comme une forme de « streaming 3D », permettant d’explorer des modèles complexes directement dans le navigateur, sans passer par les contraintes habituelles liées aux formats polygonaux. L’interface met en avant des collections variées et témoigne de la rapidité avec laquelle ces technologies sont en train de se structurer. Pour les acteurs du patrimoine, cela pose immédiatement la question des formats, des standards et de la pérennité des données. 

Comme souvent, l’enjeu n’est pas uniquement technique. Le Gaussian Splatting invite à repenser le statut même du modèle 3D : est-il un objet d’analyse, un support de visualisation, ou les deux ? Peut-on documenter, annoter, archiver ces représentations avec le même niveau d’exigence scientifique que les modèles polygonaux ? Ces questions restent ouvertes. Mais une chose apparaît déjà clairement : nous assistons à une transformation profonde des modes de production et de diffusion de la 3D. Pour l’archéologie numérique, il ne s’agit pas de céder à l’effet de nouveauté, mais de comprendre, tester et intégrer ces outils dans des protocoles rigoureux, afin d’en tirer pleinement parti sans compromettre la qualité scientifique des données.

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